Déplacement d'accent

Déplacement d'accent

Que devient l’accent quand la voyelle tonique devient consonne ?

Nous avons vu qu'une voyelle devient consonne quand elle est placée devant une voyelle plus ouverte, avec quelques exceptions comme clèia/cleá, rèia, corrèia, plèia que nous avons expliquées par la difficulté à articuler une consonne derrière CL/PL/R. La consonantification reste cependant la règle générale, et nous allons maintenant nous interroger sur ce que devient l’accent qui était porté par la voyelle. Le plus souvent, cet accent est passé sur la voyelle suivante, c'est le cas pour les formes conjuguées comme partiá « il partait », fasiá « il faisait », veniam « nous venions », … ou pour les participes féminins comme sortiá « sortie », chausiá « choisie », seguá « suivie », torçuá « tordue », secoguá « secouée », .... Peut-on en déduire qu’il s’agit d’une règle générale ? C'est ce que nous allons examiner.

Nous allons commencer par le cas de belha « étincelle », auquel nous associerons également culha « cueillette ». Le Velay podien a ici belija et culhida, et nous pouvons postuler que les anciennes formes dans l’Yssingelais étaient belia (ou bulia) et culhia. Pour quelle raison l’accent s’est-il porté sur la première voyelle ? Un scénario possible est que la voyelle I a été absorbée par L palatal avant de devenir consonne. Ces mots se sont alors alignés sur le schéma d’accentuation le plus courant : übelia > belhia > belha, üculhia > culha. Si nous acceptons ce scénario, cela signifierai que la palatalisation de L (übelia > belha) est antérieure au déplacement d’accent de type YÁ ; or nous savons qu’elle est effectivement ancienne.

Cependant, il y a d’autres mots qui ont connu un déplacement d’accent sur l’avant mais qui ne peuvent pas relever de ce scénario, ce sont órtia « ortie », éspia « épi », pèrsia « pêche (fruit) » (de persica, « qui vient de Perse ») (arp. pèrsi), bófia « vessie » , màntia « soufflet de forge », avèrtia « habitude ». Ces formes doivent nous questionner et nous inciter à pousser plus loin l’analyse. Prenons le cas de aigabelha (soupe à base d’ail), généralement doublement accentuée, parfois monoaccentuée. La forme antérieure ne laisse pas de doute, c’était aigabelhia qui est étymologiquement l’« eau bouillie ». Or, nous constatons aujourd’hui que le participe passé « bouillie » est rendu pas belhiá. La forme commune belhia a donc divergé en belha et belhiá. Il n’y a ici qu’une seule explication possible, c’est que belhiá est reconstruit sur l’infinitif belhir ou sur le masculin belhi(t). Dans le cas de aigabelha, le sens premier de « eau bouillie » a été oublié, le lien sémantique avec belhir étant rompu, belhir ne pouvait plus être un modèle pour aigabelhia. Bien entendu, on ne peut pas en déduire un déplacement systématique d’accent sur l’avant puisque la palatalisation de L+I a pu sortir aigabelha du schéma général. Mais ceci nous montre qu’il faut être prudent avec les formes ÍA > YÁ, elles sont suspectes d’être des reconstructions. On peut alors se demander si ce n’est pas le cas de partiá, amiá dont la syllabe finale a pu être accentuée sur le modèle fourni par partir/parti(t), amic, comme les conjugaisons fasiá, preniá peuvent être réorganisées autour du radical, tandis que órtia, éspia, pèrsia, màntia n’ont pas de partenaire qui puisse servir de modèle d’accentuation. Pour ce qui est de avèrtia « habitude », on peut penser que nous n’avons pas avertiá car le verbe avertir « habituer »  n’est pas connu à Sainte-Sigolène.

Cependant, nous avons au moins un contre-exemple où l'accent est passé à la fin alors sans que ce ne puisse s'expliquer par la consonantification, Fontarábia > Fontarabiá (hameau de Fontarabie), formé sur fonte « source » et rapida « impétueuse », désignant donc une source de fort débit.

Nous n’en avons pas tout à fait fini avec belhir; il nous faut indique que la prononciation est ici irrégulière car nous avons [ bø’ji ] au lieu de [ bi’ji ]. D’autre part, l’étymologie suppose bolhir ou bulhir.

Paja seguenta




Auteur: Didier Grange - 2014- modifié- 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Le roman

Alphabet étendu

Quelques notions de phonétique articulatoire

Le système vocalique du roman occidental

L’accentuation romane

Sonorisation des consonnes intervocaliques sourdes

Palatalisation de C et de G devant E et I (première palatalisation)

Effacement des voyelles finales E et O

Effacement des voyelles posstoniques

Evolution de V latin

Affaiblissement de B intervocalique

Affaiblissement de D intervocalique

Affaiblissement de DH intervocalique

Affaiblissement de G intervocalique

Effacement de N instable en fin de mot

Conservation de AU primitif

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de E et de O en roman II

Le groupe CT est devenu YT

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

Formation de U antérieur, fermeture de O ( Ụ )

Introduction des mots savants

Disparition du système de cas

Le système vocalique sigolénois

Séparation de A antérieur et de A postérieur

La palatalisation moderne

E peut être prononcé I

Simplification des triphtongues

La prononciation proclitique

Les mots brefs

Effacement de S

Effacement de L

Effacement des consonnes finales

Consonantification des voyelles

Déplacement d'accent

Le suffixe ÈIR/ÈIRA

Le suffixe AOR devenu ÒUR

Palatalisation de GL

E devant R

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