La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

Dès le roman I, les voyelles toniques romanes, longues par nature, ont tendance à se diphtonguer : l’articulation de la voyelle évolue au cours de son émission de telle sorte qu’on peut distinguer deux timbres successifs. La diphtongaison dont il est question ici ne concerne que les voyelles toniques È et Ò, elle ne se produit pas dans les mêmes conditions dans tout le domaine roman. C’est ici une des segmentations originelles de l’espace de la Romania. L’occitan ne connaît pas cette diphtongaison, cependant, elle apparaîtra plus tard dans un contexte plus restreint que nous verrons par la suite.

Il faut distinguer deux cas, le cas où la voyelle est libre, c’est à dire en fin de syllabe ou fin de mot, et le cas où elle est entravée, c’est à dire suivie par une consonne dans la même syllabe.


È et Ò ne se diphtonguent pas en roman I (position libre, parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

dŏlĭu > dŏlu « douleur, chagrin »

dòlo

dòl

dòl

dòu > dèu

dòl
« deuil »

sŏror « soeur »

sòror

sòr

sòr

sòr

sòr

nŏve « neuf , 9 »

nòbze

nòu

nòu

nèu

nòu

ĕqua « jument »

ègua

èga

ègạ

ègạ

èga

pĕde « pied »

pède

pĕtra « pierre »

pèdzra

pèdzra

pèirạ

pèirạ

pèira

fŏco « feu »

fògo

fòc

fuòc > fòc

fòc > fyzòc > fyzò > fyò

fuòc

lĕpore « lièvre »

lèbre

lèbre

lèbre

lèbre

lèbre

ŏpera « oeuvre »

òbra

òbra

òbrạ

òbrạ

òbra

fĕmus « fumier »

fèmos

fems

fems

fems > fem [ f ]

fems

bĕne « bien »

bène

be

be

be [ bø ]

ben

Dans notre secteur, la limite entre les formes diphtonguées et les formes non diphtonguées correspond à la limite de langue entre occitan et arpitan. Le forézien a pie pour , qui peut être prononcé PI ou PYA, il a également fiems [ fjõ ] « fumier » (fiemo castillan), übĕne > bien [ bjõ ] « bien ».

Le parler sigolénois utilise be(n) et bian [ bj ], le second étant à l'évidence pris au forézien ou au français. Comme adverbe, bian a une nuance de sens par rapport à ben, bian indique « beaucoup » ou insiste sur l'intensité : aquò es ben aquò « c'est effectivement ça », vòle bian « je veux bien, certainement », vòle ben « j'accepte », me vòle ben enanar « j'accepte de partir », me despaitarai ben [ mø dipitaʀi'bø ] « je me débrouillerai, malgré tout », marca bian [ 'maʀkɔ bj ] « il présente bien », n-i a bian ? « y en a-t-il beaucoup ? »

En position entravée, la distribution de la diphtongaison dans l’espace roman est différente : Elle ne se produit pas en occitan; en français, elle se produit que dans les dialectes de l’est, dont le wallon, et en arpitan.


È et Ò ne se diphtonguent pas en roman I (position entravée, parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

fĕsta « fête »

fèsta

fèsta

fèstạ

fè:tạ

fèsta

ŏssu « os »

òsso

òs

òs

òu > èu

òs

ĕrba « herbe »

èrba

èrba

èrbạ

èrbạ

èrba

vĕntu « vent »

vento

vent

vent

ven [ v ]

vent

tĕrra « terre »

tèrra

tèrra

tèrrạ

tèrạ

tèrra

tĕmpus « temps »

tèmpos

temps

temps

tem [ t ]

temps

hŏrtu « jardin, potager »

òrto

òrt

òrt

òr

òrt

pĕlle « peau »

pèlle

pèl

pèl

pèl

Le forézien a ici tĕmpus > tiemps [ tjõ ] « temps » (castillan tiempo), uert. On trouve également iviern, goviern en arpitan, là où l'occitan a ivèrn « hiver », govèrn « gestion, gouvernement »

Le patois sigolénois utilise tuèit [ tɛi ] « bientôt ; vite » qui semble être une forme arpitane (latin tŏstu « grillé, brulé », latin populaire « vite » ) : seguèt tuèit aquí « il fût vite là ». L'occitan a ici lèu, dont la forme locale serait leau/liau, forme que l'on a parfois dans l'Yssingelais : lèva-te liau « lève-toi vite ».


Paja seguenta




Auteur: Didier Grange - 2014- modifié- 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Le roman

Alphabet étendu

Quelques notions de phonétique articulatoire

Le système vocalique du roman occidental

L’accentuation romane

Sonorisation des consonnes intervocaliques sourdes

Palatalisation de C et de G devant E et I (première palatalisation)

Effacement des voyelles finales E et O

Effacement des voyelles posstoniques

Evolution de V latin

Affaiblissement de B intervocalique

Affaiblissement de D intervocalique

Affaiblissement de DH intervocalique

Affaiblissement de G intervocalique

Effacement de N instable en fin de mot

Conservation de AU primitif

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de E et de O en roman II

Le groupe CT est devenu YT

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

Formation de U antérieur, fermeture de O ( Ụ )

Introduction des mots savants

Disparition du système de cas

Le système vocalique sigolénois

Séparation de A antérieur et de A postérieur

La palatalisation moderne

E peut être prononcé I

Simplification des triphtongues

La prononciation proclitique

Les mots brefs

Effacement de S

Effacement de L

Effacement des consonnes finales

Consonantification des voyelles

Déplacement d'accent

Le suffixe ÈIR/ÈIRA

Le suffixe AOR devenu ÒUR

Palatalisation de GL

E devant R

L'interdiction

La négation

La restriction

L'action répétée

Les articles

Les pronoms

Les articles et pronoms démonstratifs

Les adjectifs et pronoms possessifs

Les adjectifs numéraux

Le sujet indéfini

Le présent simple

Le présent composé

Le passé simple

L'imparfait

Le futur simple

Le conditionnel

Le subjonctif

L'impératif

Conjugaison de Èsser

Conjugaison de Aver

Conjugaison de Faire


Marraire
Paraulas de tèrras occitanas
Çais sètz benvengut.
Dimècres 13 de decembre de 2017
quatre oras manca un
A Prepaus | Mapa | Letra Marraire |