Effacement des voyelles posttoniques

Effacement des voyelles posttoniques

On appelle proparoxytons les mots accentués sur l’avant-avant-dernière syllabe,comme l’étaient par exemple les mots latins mĕrŭlu, mŏrdĕre, camĕra. La voyelle placée après la voyelle tonique du proparoxyton est dans une position faible car après l’intensité accordée à la voyelle tonique, il y a un relâchement de l’effort expiratoire, ce qui peut amener la disparition de cette voyelle.

C’est en français que l’effacement des voyelles posttoniques est le plus généralisé et le plus ancien; à l’opposé, l’italien du sud conserve toujours les voyelles posttoniques.

Proparoxytons simplifiés en roman I (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

mĕrŭlu « merle »

mèrlo

mèrle

mèrle

mèrle

mèrle

mŏrdĕre « mordre »

mòrdre

mòrdre

mòrdre

mòrdre

mòrdre

tabŭla « table »

tabzola > tabzla

taula

taulạ

taulạ

taula

camĕra « chambre »

camra > cambra > tshambra

tshambra

tshambrạ

tsambrạ

chambra

vendĕre « vendre »

bzendre

vendre

vendre

vendre

vendre

lĭttĕra « lettre »

letra

letra

letrạ

letrạ

letra

cĭrcŭlu « cercle »

cerclo

cercle

cercle

cercle

cercle

debĭta, debĭtu « dette »

debzte

deute

deute

deute

deute

perdĭta « perte »

pérdeda > perda

perda

perdạ

perdạ

perda

cŏcĕre « cuire »

còdzre

còire

còire

cwèire

còire

En occitan, comme en arpitan, certains proparoxytons ont été conservé plus tardivement jusqu’en roman II, cela concerne des mots dont le résultat de l’effacement de la voyelle posttonique donnerait une forme difficile à prononcer. Par exemple, fraxĭnu a donné fraisne en parlers français dès le roman I tandis qu'il était resté fráisseno en occitan et une partie de l'arpitan. L'exemple de perda implique que la voyelle posttonique était encore prononcée lorsque s'est produite la sonorisation qui a changé T en D, tandis que le français perte suppose que la voyelle posttonique avait disparue avant d'avoir pérdeda.

Proparoxytons simplifiés en roman II (parler sigolénois)

 

R I

R II

R III

R IV

forme écrite

fraxĭnu « frêne »

fráiseno

fraise

fraise

fraise

fraisse

canapu « chanvre »

tshánebo

tshanebe

tshanebe

tsanebe

chanebe

ŏmĭne « homme »

òmene

òme

òme

òme

òme

asĭnu « âne »

ázeno

aze

aze

forme oubliée

ase

stĕphanu « étienne »

estèveno

estève

estève

forme oubliée

estève

En occitan, la conservation des proparoxytons au delà du roman I s’étend à d’autres mots

Proparoxytons simplifiés en roman II (parler sigolénois) mais simplifiés en roman I en arpitan


R I

R II

R III

R IV

forme écrite

cosĕre « coudre »

cózere 

cózer

czer

cze

cóser

mŭlgĕre « traire le lait »

móldzhere

móldzher

mldzher

mlzer > muze > mze

móuzer

ĕssĕre « être »

èsere

èser

èser

èse

èsser

L'occitan peut avoir ainsi des doublets

Cas de doublets occitans pour des proparoxytons simplifiés en roman I ou en roman II


R I

R II

R III

R IV

forme écrite

cŏcere « cuire »

còthere > còtsere > còdzere

còdzer

còzer

còze

còser

cŏcere « cuire »

còthere > còtre > còdre > còdzre

còdzre

còire

còire

còire

credere « croire »

crédzere

crédzer > crézer

crézer

creze

créser

credere « croire »

crédzere > credzre

credzre

creire

creire

creire

vedere « voir »

védzere

védzer > vézer

vézer

veze

véser

vedere « voir »

védzere > vedzre

vedzre

veire

veire

veire

dicere « dire »

díthere > dítsere > dídzere

dídzer

dízer

dize

díser

dicere « dire »

díthere > ditre > didre > didzre

didzre

diire > dire

dire

dire

En occitan, même lorsque l'effacement de la voyelle posttonique s'est fait de bonne heure, il s'est produit plus tardivement qu'en français. Nous l'avons montré précédemment avec perda/perte, et c'est ainsi que l'on peut également expliquer une forme comme piusa « puce » que l'on a dans notre patois et qui est formée sur piuse « puce », issu de pulĭce, laquelle suppose que l'on avait púletse au moment où s'est produit la sonorisation des intervocaliques alors que les parlers romans de la zone française avaient pultse.

Deux solutions à la difficulté proparoxytonique peuvent être mise en oeuvre, soit un déplacement d’accent (ex. üchánebe > chanebe), soit un effacement d’un groupe ou d’une voyelle faible (en occitan, NE final des proparoxytons a été effacé, ex : üòmene > òme, üestèveno > estève, üáseno > ase). Les deux solutions peuvent être employées, ce qui donne des doublons ; l’arpitan a par exemple deux formes pour le latin termĭnus.
ü termĭnu « limite »  > (I) tèrmeno > (II) tèrmen > (III) tèrmen « talus délimitant un champ »
ü termĭnu « limite »  > (I) tèrmeno > (II) termeno > (III) termeno

L’occitan a ici
ü termĭnu > (I) tèrmeno > (II) tèrme > (III) tèrme

Prenons un autre exemple où l’occitan a deux formes pour le latin monacu :
ü monacu  > (I) mónego > (II) monegue (c’est le nom occitan de la ville de Monaco. Cette forme existe aux côtés d’une forme proparoxytonique Mónegue que le parler de Nice a conservé).
ü monacu  > (I) mónego > (II) mongue > morgue « monastère »

Comme on le voit avec monacu, stephanu, canapu, lorsqu'elle n'a pas disparue, la voyelle posstonique A a cependant été affaiblie en E.

Les mots qui ont conservé tardivement la prononciation proparoxytonique se voit doter d’une voyelle de soutien lorsque la finale O ou E tombe. Ainsi, ümanĭcu > mánego > mánegue > mangue > margue « manche » (forme inconnue en patois sigolénois). Mais le catalan n’a pas eu recours à cette voyelle de soutien : ümanĭcu > mánego > mánec « manche », ümonacu > mónego > mónec « Monaco », üdomĭnĭcu > doménego > doménec « dominique » . Dans le cas des mots terminés en NO, ou NE, il semble que l’effacement de la voyelle finale ait entraîné en occitan comme en catalan l’effacement de la consonne N intervocalique, d'où les formes fraisse, òme, tèrme, estève, ...... (nous verrons plus tard que N intervocalique était affaibli)

Pour ce qui est plus spécifiquement de l’Yssingelais, nous avons quelques cas de déplacement d’accent : ücanapu  > (I) chánebo > (II) chánebe > chanebe « chanvre », là où l’occitan a généralement ücanapu  > (I) cánebe > (II) canbe > carbe (ou charbe nord-occitan) (arpitan chanevo). Le patois de Bas-en-Basset a tavòla « table » qui est une forme exceptionnelle car l’occitan a toujours taula et l’arpitan trabla (italien távola, latin tabŭla). Sur le même modèle, le patois sigolénois a pegòla « petite boule de résine de pin » (occitan pegola, italien pégola « résine de pin »). On trouve dans le domaine arpitan pivola « peuplier », ou pibola en occitan, en double avec la forme pibla qui est employée à Sainte-Sigolène. On citera également la tradition de la rebola qui est encore bien connue et qui consistait à célébrer la fin des moissons ou des foins, ce nom étant également porté par une ou plusieurs variantes d'herbes sauvages, qui furent peut-être utilisées pour orner symboliquement le dernier chargement (à la place du genêt actuellement) (voir revola en arpitan, rèvola en catalan, rébola en castillan, rièble en français).

Paja seguenta




Auteur: Didier Grange - 2014- modifié- 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Le roman

Alphabet étendu

Quelques notions de phonétique articulatoire

Le système vocalique du roman occidental

L’accentuation romane

Sonorisation des consonnes intervocaliques sourdes

Palatalisation de C et de G devant E et I (première palatalisation)

Effacement des voyelles finales E et O

Effacement des voyelles posstoniques

Evolution de V latin

Affaiblissement de B intervocalique

Affaiblissement de D intervocalique

Affaiblissement de DH intervocalique

Affaiblissement de G intervocalique

Effacement de N instable en fin de mot

Conservation de AU primitif

La diphtongaison de È et de Ò en roman I

La diphtongaison de E et de O en roman II

Le groupe CT est devenu YT

La diphtongaison de È et de Ò en roman III

Formation de U antérieur, fermeture de O ( Ụ )

Introduction des mots savants

Disparition du système de cas

Le système vocalique sigolénois

Séparation de A antérieur et de A postérieur

La palatalisation moderne

E peut être prononcé I

Simplification des triphtongues

La prononciation proclitique

Les mots brefs

Effacement de S

Effacement de L

Effacement des consonnes finales

Consonantification des voyelles

Déplacement d'accent

Le suffixe ÈIR/ÈIRA

Le suffixe AOR devenu ÒUR

Palatalisation de GL

E devant R

L'interdiction

La négation

La restriction

L'action répétée

Les articles

Les pronoms

Les articles et pronoms démonstratifs

Les adjectifs et pronoms possessifs

Les adjectifs numéraux

Le sujet indéfini

Le présent simple

Le présent composé

Le passé simple

L'imparfait

Le futur simple

Le conditionnel

Le subjonctif

L'impératif

Conjugaison de Èsser

Conjugaison de Aver

Conjugaison de Faire


Marraire
Tèrras occitanas de Velai e Vivarés
Çais sètz benvengut.
Dissàbte 19 d'aost de 2017
mèjanuèit e cinc
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Crotz